samedi 8 juin 2002
La mauvaise humeur est le portemanteau de la souffrance.
Je suis né en 1966, fils de soixante-huitards, je me révolte contre mon père avec la révolte de mon père.
Comment ai-je pu oublier les colères injustes de mes pères ? Des individus si sûrs de leur choix, de leurs opinions, traitant la terre entière de ramassis de conneries et d’abjections.
La mauvaise humeur est le portemanteau de la souffrance.
Je me souviens avoir été verbalement et violemment réprimander par mon père sur le simple fait d’avoir confondu à la télévision, des tirs de DCA avec des feux d’artifice. C’était durant la guerre Iran-Irak. Et je trouvais ça beau ces flammes dans le ciel de Beyrouth ! Colère du père. Juste une mauvaise humeur. J’avais dit là, m’apercevais-je étonné, quelque chose "de pas bien du tout". Confondre un tir de batterie de DCA avec un feu d’artifice, faut le faire quand même ! Surtout pour un enfant qui devrait savoir qu’il y a des gens qui meurent en Iran-Irak. Les enfants sont vraiment trop cons. J’étais vraiment trop con, déjà à dix ans. Je commençais à devenir un damné des causes justes. Indigne de la révolution avortée de mon père.
Mon père disait que son père était un con de pétainiste, du coup le mien était devenu un con de communiste baba-cool. Une dynastie de connerie. " La connerie ne se politise pas, elle au moins " me disais-je enfant " Elle est d’accord avec tout le monde ". À moi de devenir ensuite un Keupon affamé.
Le boulet des souffrances de mes aïeux ne me lâche pas. Soumis par transmission. Esclave de l’horreur du monde.
J’étais un damné des justes causes : Punkitude sur le tard. Nihilisme avec ce qu’il faut de romantisme, pour ne pas s’effondrer totalement. Puis le "No futur" devint trop définitif et le monde des individus libres devenait de plus en plus séducteur. Plus besoin de combat, plus besoin de nier, il y avait du boulot pour qui avait du talent.
Retour en arrière, sur les luttes de nos pères coco troskar-mao-machin-PSU-truc, situationniste et surtout pas situationnisme (toujours bon à savoir), International surréaliste freudien (Lacan enculé !), dadaïstes Viennois internationaux lettristes avant Cobra... Un vaste bordel. Mais Brecht et Lautréamont ça te tue, tellement c’est bien !