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LES MOTS CONTRE LES BALLES (part3)

LES MOTS CONTRE LES BALLES (part3)

lundi 8 juillet 2002


Voyage dans les entrailles du Brésil en compagnie de MV BILL, rapper carioca, talentueux mais contesté. Citadin de la favela " Cidade de Deus ", il n’a pourtant fait que montrer la réalité.

Si le mouvement hip hop, né aux Etats Unis, dénonce la

violence des ghettos et le racisme des grandes villes, il prend,

aujourd’hui une autre tournure, plus commerciale, selon MV

Bill. Les groupes politisés se font rares, MV Bill évoque Public

Enemy, qui reste selon lui un groupe phare ayant influencé toute

une flopée de groupes de rap, mais les revendications sociales

de ses débuts ont laissé la place à un rap plus vulgaire. Trente

ans après la naissance de ce mouvement majeur dans l’histoire

de la musique engagée noire-américaine, le rap brésilien, prend

la relève. " Le rap brésilien est, je pense, parmi tous les

mouvements de rap du monde, un des plus conscients des

problèmes sociaux et des difficultés des communautés pauvres

et noires" nous dira plus tard MV Bill.

image 77 x 57

Le rap brésilien, c’est l’expression des sans voix des favelas, le

récit de destins tragiques, le quotidien de ces ghettos prisons, la

dénonciation de la guerre des gangs, du trafic d’armes et de

drogues. La règle dans ces ghettos est simple : " Marche ou

crève ". " Euthanasie ou conflits urbains ", comme le souligne le

groupe Afroreggae dans une de leur chanson. Le groupe

Afroreggae, autre groupe rap carioca, est né dans la

communauté de Vigário Geral. En 1992, cette favela de la zone

nord de Rio se fait remarquer par un drame sanglant. 8 ans plus

tard, les médias titrent sur le lancement du premier album du

groupe Afroreggae. Son objectif, raconter la vérité, relater les

faits tels qu’ils se sont passés. Témoignages qu’illustre la

chanson Tô bolado (Je suis ivre et paumé), " Foi en Dieu, je

suis ivre et paumé. A Vigário Geral, sont morts des

travailleurs innocents, un certain 29 août, 21 personnes

assassinées par la haine et la violence de policiers vengeurs. Ce

massacre est arrivé parce que la veille des trafiquants ont tué 4

policiers...le chemin le plus sûr est celui de la chance, si tu fais

un pas de travers, tu peux aller en enfer. Je suis de Vigário

Geral, et j’en suis fier, j’aime ma communauté... Je ne

comprends pas ce monde, on me dit que la police est là pour

protéger le citoyen, mais je n’ai à ce jour que des preuves du

contraire. Bêtise, infidélité, insolence, je cherche mes mots

pour définir cette imbécillité. Je suis ivre et paumé ".

Tels des chroniqueurs du quotidien, les rappers luttent avec des

mots contre les tirs de balles. Vigário Geral, Cidade de deus, à

Rio, Bairro da Liberdade à Salvador de Bahia, Favela do 25 à

Florianopolis ou Favela do Papagaio à Belo Horizonte, le

message des rappers vaut pour tous les bidonvilles du Brésil. Ils

mènent une lutte pacifique contre les dialogues armés. Du R38

au 9 mm, les armes au Brésil se procurent en deux trois

mouvements ; la vente d’armes est ouverte à n’importe quel

citoyen, âgé de plus de 18 ans et n’ayant pas été arrêté au cours

de la dernière année. Il n’est ni étonnant, ni artificiel d’entendre

des tirs de balles dans des rap, c’est malheureusement un fond

sonore qui leur est familier. José Junior, parolier du groupe

Afroreggae, après 10 années de lutte au sein de sa communauté

explique pourquoi ils ont en sont arrivés là. " Nous sommes

nés au cœur de cette réalité avec les sons des tirs, de la

violence, du trafic où les héros, les protagonistes ne sont pas la

police. Le super héros est un bandit, un trafiquant, qui, en

vérité, a occupé un espace abandonné par l’état ". La police

ennemie du bien, l’état ferme les yeux, les acteurs, les seuls,

sont les bandits et trafiquants et les rappers qui usent des mots,

témoins vivants de ces guerres civiles. Et la situation ne semble

pas s’améliorer. MV Bill ne mâche pas ses mots devant

l’indifférence de l’état. " Les impôts payés par les usines

d’armes au Brésil sont plus importants que les vies que les

armes emportent ". Récemment, la campagne Viva Rio, initiée

par l’association des habitants de Rio et luttant contre la vente

d’armes a recueilli grâce à une pétition plus de 1. 500 000

signatures (plus d’un cinquième de la population de la ville).

Quelques jours plus tard, l’état votait une loi autorisant la vente

de fusil AR 15, véritable fusil de guerre, pour collectionneurs.

MV Bill qui relate ce fait, est désabusé.



P.-S.

Anne Lise Schmitt & Marcello Luniere

2 Messages de forum

  • > LES MOTS CONTRE LES BALLES (part3) 18 juin 2003 16:26, par Stéphanie Lamorré

    Je suis journaliste presse écrite, française mais vivant en Afrique depuis plusieurs années, et je prépare un sujet sur les rappeurs noirs issus des favelas au Brésil, afin de faire un parallèle entre rap africain (bien existant) et rap brésilien. MV Bill me semble un porte-parole intéressant. Par quel moyen serait-il possible de rentrer en contact avec lui ? Mon voyage au Brésil est prévu pour Juillet et Août.

    D’avance je vous remercie

    Stéphanie Lamorré

    Voir en ligne : LES MOTS CONTRE LES BALLES

  • LES MOTS CONTRE LES BALLES (part3) 30 novembre 2007 15:38, par mimide69

    tou de bem connait tu ELIS REGINA chanteuse, décédée, ki chantait merveilleusement le brésil ? ce n’est pas du hip hop bien sur,mais ça vient de ses tripes elle aussi !!!! ate breve mimide69